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    Collected Poems in English and French

    Page 6
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      Noire et froide où vers le crépuscule embaumé

      Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche

      Un bateau frêle comme un papillon de mai.

      Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,

      Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,

      Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,

      Ni nager sous les yeux horribles des pontons!

      But no more tears. Dawns have broken my heart,

      And every moon is torment, every sun bitterness;

      I am bloated with the stagnant fumes of acrid loving—

      May I split from stem to stern and founder, ah founder!

      I want none of Europe's waters unless it be

      The cold black puddle where a child, full of sadness,

      Squatting, looses a boat as frail

      As a moth into the fragrant evening.

      Steeped in the languors of the swell, I may

      Absorb no more the wake of the cotton-freighters,

      Nor breast the arrogant oriflammes and banners,

      Nor swim beneath the leer of the pontoons.

      GUILLAUME APOLLINAIRE

      Zone

      A la fin tu es las de ce monde ancien

      Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

      Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

      Ici mêmes les automobiles ont l'air d'être anciennes

      La religion seule est restée toute neuve la religion

      Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

      Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme

      L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X

      Et toi que les fenêtres observent la honte te retient

      D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin

      Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui

      chantent tout haut

      Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux

      Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures

      policières

      Portraits des grands hommes et mille titres divers

      Zone

      In the end you are weary of this ancient world

      This morning the bridges are bleating Eiffel Tower oh herd

      Weary of living in Roman antiquity and Greek

      Here even the motor-cars look antique

      Religion alone has stayed young religion

      Has stayed simple like the hangars at Port Aviation

      You alone in Europe Christianity are not ancient

      The most modern European is you Pope Pius X

      And you whom the windows watch shame restrains

      From entering a church this morning and confessing your

      sins

      You read the handbills the catalogues the singing posters

      So much for poetry this morning and the prose is in

      the papers

      Special editions full of crimes

      Celebrities and other attractions for 25 centimes

      J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom

      Neuve et propre du soleil elle était le clairon

      Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes

      Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent

      Le matin par trois fois la sirène y gémit

      Une cloche rageuse y aboie vers midi

      Les inscriptions des enseignes et des murailles

      Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent

      J'aime la grâce de cette rue industrielle

      Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue

      des Ternes

      Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant

      Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc

      Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades

      René Dalize.

      Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église

      Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez

      du dortoir en cachette

      Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège

      Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste

      Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ

      C'est le beau lys que tous nous cultivons

      C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent

      C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère

      C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières

      C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité

      C'est l'étoile à six branches

      C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche

      This morning I saw a pretty street whose name is gone

      Clean and shining clarion of the sun

      Where from Monday morning to Saturday evening four

      times a day

      Directors workers and beautiful shorthand typists go their

      way

      And thrice in the morning the siren makes its moan

      And a bell bays savagely coming up to noon

      The inscriptions on walls and signs

      The notices and plates squawk parrot-wise

      I love the grace of this industrial street

      In Paris between the Avenue des Ternes and the Rue

      Aumont-Thiéville

      There it is the young street and you still but a small child

      Your mother always dresses you in blue and white

      You are very pious and with René Dalize your oldest crony

      Nothing delights you more than church ceremony

      It is nine at night the lowered gas burns blue you steal away

      From the dormitory and all night in the college chapel pray

      Whilst everlastingly the flaming glory of Christ

      Wheels in adorable depths of amethyst

      It is the fair lily that we all revere

      It is the torch burning in the wind its auburn hair

      It is the rosepale son of the mother of grief

      It is the tree with the world's prayers ever in leaf

      It is of honour and eternity the double beam

      It is the six-branched star it is God

      Who Friday dies and Sunday rises from the dead

      C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs

      Il détient le record du monde pour la hauteur

      Pupille Christ de l'œil

      Vingtième pupille des siècles il sait y faire

      Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air

      Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder

      Ils disent qu'il imite Simon Mage en Judée

      Ils crient s'il sait voler qu'on l'appelle voleur

      Les anges voltigent autour du joli voltigeur

      Icare Enoch Élie Apollonius de Thyane

      Flottent autour du premier aéroplane

      Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte

      la Sainte-Eucharistie

      Ces prêtres qui montent éternellement élevant l'hostie

      L'avion se pose enfin sans refermer les ailes

      Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles

      A tire-d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux

      D'Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts

      L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes

      Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première

      tête

      L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri

      Et d'Amérique vient le petit colibri

      De Chine sont venus les pihis longs et souples

      Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples

      Puis voici la colombe esprit immaculé

      Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé

      Le phénix ce bucher qui soi-même s'engendre

      It is Christ who better than airmen
    wings his flight

      Holding the record of the world for height

      Pupil Christ of the eye

      Twentieth pupil of the centuries it is no novice

      And changed into a bird this century soars like Jesus

      The devils in the deeps look up and say they see a

      Nimitation of Simon Magus in Judea

      Craft by name by nature craft they cry

      About the pretty flyer the angels fly

      Enoch Elijah Apollonius of Tyana hover

      With Icarus round the first airworthy ever

      For those whom the Eucharist transports they now and

      then make way

      Host-elevating priests ascending endlessly

      The aeroplane alights at last with outstretched pinions

      Then the sky is filled with swallows in their millions

      The rooks come flocking the owls the hawks

      Flamingoes from Africa and ibises and storks

      The roc bird famed in song and story soars

      With Adam's skull the first head in its claws

      The eagle stoops screaming from heaven's verge

      From America comes the little humming-bird

      From China the long and supple

      One-winged peehees that fly in couples

      Behold the dove spirit without alloy

      That ocellate peacock and lyre-bird convoy

      The phoenix flame-devoured flame-revived

      Un instant voile tout de son ardente cendre

      Les sirènes laissant les périlleux détroits

      Arrivent en chantant bellement toutes trois

      Et tous aigle phénix et pihis de la Chine

      Fraternisent avec la volante machine

      Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule

      Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent

      L'angoisse de l'amour te serre le gosier

      Comme si tu ne devais jamais plus être aimé

      Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un

      monastère

      Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une

      prière

      Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire

      pétille

      Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie

      C'est un tableau pendu dans un sombre musée

      Et quelquefois tu vas le regarder de près

      Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont

      ensanglantées

      C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au

      déclin de la beauté

      Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé

      à Chartres

      Le sang de votre Sacré-Cœur m'a inondé à Montmartre

      Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses

      L'amour dont je souffre est une maladie honteuse

      Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie

      et dans l'angoisse

      C'est toujours près de toi cette image qui passe

      All with its ardent ash an instant hides

      Leaving the perilous straits the sirens three

      Divinely singing join the company

      And eagle phoenix peehees fraternize

      One and all with the machine that flies

      Now you walk in Paris alone among the crowd

      Herds of bellowing buses hemming you about

      Anguish of love parching you within

      As though you were never to be loved again

      If you lived in olden times you would get you to a

      cloister

      You are ashamed when you catch yourself at a

      paternoster

      You are your own mocker and like hellfire your laughter

      crackles

      Golden on your life's hearth fall the sparks of your laughter

      It is a picture in a dark museum hung

      And you sometimes go and contemplate it long

      To-day you walk in Paris the women are

      blood-red

      It was and would I could forget it was at

      beauty's ebb

      From the midst of fervent flames Our Lady beheld me

      at Chartres

      The blood of your Sacred Heart flooded me in Montmartre

      I am sick with hearing the words of bliss

      The love I endure is like a syphilis

      And the image that possesses you and never leaves your

      side

      In anguish and insomnia keeps you alive

      Maintenant tu es au bord de la Méditerranée

      Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année

      Avec tes amis tu te promènes en barque

      L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux

      Turbiasques

      Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs

      Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

      Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague

      Tu te sens tout heureux une rose est sur la table

      Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose

      La cétoine qui dort dans le cœur de la rose

      Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit

      Tu étais triste à mourir le jour où tu t'y vis

      Tu ressembles au Lazare affolé par le jour

      Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours

      Et tu recules aussi dans ta vie lentement

      En montant au Hradchin et le soir en écoutant

      Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

      Te voici à Marseille au milieu des pastèques

      Te voici à Coblence a l'hotel du Géant

      Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

      Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves

      belle et qui est laide

      Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde

      Now you are on the Riviera among

      The lemon-trees that flower all year long

      With your friends you go for a sail on the sea

      One is from Nice one from Menton and two from La Turbie

      The polypuses in the depths fill us with horror

      And in the seaweed fishes swim emblems of the Saviour

      You are in an inn-garden near Prague

      You feel perfectly happy a rose is on the table

      And you observe instead of writing your story in prose

      The chafer asleep in the heart of the rose

      Appalled you see your image in the agates of Saint Vitus

      That day you were fit to die with sadness

      You look like Lazarus frantic in the daylight

      The hands of the clock in the Jewish quarter go to left

      from right

      And you too live slowly backwards

      Climbing up to the Hradchin or listening as night falls

      To Czech songs being sung in taverns

      Here you are in Marseilles among the water-melons

      Here you are in Coblentz at the Giant's Hostelry

      Here you are in Rome under a Japanese medlar-tree

      Here you are in Amsterdam with an ill-favoured maiden

      You find her beautiful she is engaged to a student

      in Leyden

      On y loue des chambres en latin Cubicula locanda

      Je m'en souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda

      Tu es à Paris chez le juge d'instruction

      Comme un criminel on te met en état d'arrestation

      Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages

      Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge

      Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans

      J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps

      Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments

      je voudrais sangloter

      Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté

      Tu regardes les yeux pleins de larmes ces
    pauvres

      émigrants

      Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants

      Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare

      Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages

      Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine

      Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune

      Une famille transporte un édredon rouge comme vous

      transportez votre cœur

      Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels

      Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent

      Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges

      Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue

      Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs

      Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque

      Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

      There they let their rooms in Latin cubicula locanda

      I remember I spent three days there and as many in Gouda

      You are in Paris with the examining magistrate

      They clap you in gaol like a common reprobate

      Grievous and joyous voyages you made

      Before you knew what falsehood was and age

      At twenty you suffered from love and at thirty again

      My life was folly and my days in vain

      You dare not look at your hands tears haunt my eyes

      For you for her I love and all the old miseries

      Weeping you watch the wretched emigrants

      They believe in God they pray the women suckle their

      infants

      They fill with their smell the station of Saint-Lazare

      Like the wise men from the east they have faith in their

      star

      They hope to prosper in the Argentine

      And to come home having made their fortune

     


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