Online Read Free Novel
  • Home
  • Romance & Love
  • Fantasy
  • Science Fiction
  • Mystery & Detective
  • Thrillers & Crime
  • Actions & Adventure
  • History & Fiction
  • Horror
  • Western
  • Humor

    Unreconciled

    Prev Next


      Avant la guerre, ami, il y poussait du blé.

      Comme une croix plantée dans un sol desséché

      J’ai tenu bon, mon frère;

      Comme une croix de fer aux deux bras écartés.

      Aujourd’hui, je reviens dans la maison du Père.

      La grâce immobile

      La grâce immobile

      Sensiblement écrasante

      Qui découle du passage des civilisations

      N’a pas la mort pour corollaire.

      Le bloc énuméré

      De l’œil qui se referme

      Dans l’espace écrasé

      Contient le dernier terme.

      LES IMMATÉRIAUX

      La présence subtile, interstitielle de Dieu

      A disparu

      Nous flottons maintenant dans un espace désert

      Et nos corps sont à nu.

      Flottant, dans la froideur d’un parking de banlieue

      En face du centre commercial

      Nous orientons nos torses par des mouvements souples

      Vers les couples du samedi matin

      Chargés d’enfants, chargés d’efforts,

      Et leurs enfants se disputent en hurlant des images de Goldorak.

      LE NOYAU DU MAL D’ÊTRE

      Une pièce blanche, trop chauffée, avec de nombreux radiateurs (un peu: salle de cours dans un lycée technique).

      La baie vitrée donne sur les banlieues modernes, préfabriquées, d’une zone semi-résidentielle.

      Elles ne donnent pas envie de sortir, mais rester dans la pièce est un tel désastre d’ennui

      (Tout est déjà joué depuis longtemps, on ne continue la partie que par habitude).

      Sublime abstraction du paysage.

      COURTENAY – AUXERRE NORD.

      Nous approchons des contreforts du Morvan. L’immobilité, à l’intérieur de l’habitacle, est totale. Béatrice est à mes côtés. ‘C’est une bonne voiture’, me dit-elle.

      Les réverbères sont penchés dans une attitude étrange; on dirait qu’ils prient. Quoi qu’il en soit, ils commencent à émettre une faible lumière jaune orangé. La ‘raie jaune du sodium’, prétend Béatrice.

      Déjà, nous sommes en vue d’Avallon.

      Le TGV Atlantique glissait dans la nuit avec une efficacité terrifiante; l’éclairage était discret. Sous les parois de plastique d’un gris moyen, des êtres humains gisaient dans leurs sièges ergonomiques. Leurs visages ne laissaient transparaître aucune émotion. Se tourner vers la fenêtre n’aurait servi à rien: l’opacité des ténèbres était absolue. Certains rideaux, d’ailleurs, étaient tirés; leur vert acide composait une harmonie un peu triste avec le gris sombre de la moquette. Le silence, presque absolu, n’était troublé que par le nasillement léger des walkmans. Mon voisin immédiat, les yeux clos, se retirait dans une absence concentrée. Seul le jeu lumineux des pictogrammes indiquant les toilettes, la cabine téléphonique et le bar Cerbère trahissait une présence vivante dans la voiture; soixante êtres humains y étaient rassemblés.

      Long et fuselé, d’un gris acier relevé de discrètes bandes colorées, le TGV Atlantique n° 6557 comportait vingt-trois voitures. Entre mille cinq cents et deux mille êtres humains y avaient pris place. Nous filions à 300 km/h vers l’extrémité du monde occidental. Et j’eus soudain la sensation (nous traversions la nuit dans un silence feutré, rien ne laissait deviner notre prodigieuse vitesse; les néons dispensaient un éclairage modéré, pâle et funéraire), j’eus soudain la sensation que ce long vaisseau d’acier nous emportait (avec discrétion, avec efficacité, avec douceur) vers le Royaume des Ténèbres, vers la Vallée de l’Ombre de la Mort.

      Dix minutes plus tard, nous arrivions à Auray.

      Il faisait beau; et je marchais le long d’un coteau sec et jaune.

      La respiration sèche et irrégulière des plantes, en été … qui semblent prêtes à mourir. Les insectes grésillent, perçant la voûte menaçante et fixe du ciel blanc.

      Au bout d’un certain temps, quand on marche sous le soleil, en été, la sensation d’absurdité grandit, s’impose et envahit l’espace, on la retrouve partout. Si même au départ vous aviez une direction (ce qui est hélas fort rare … la plupart du temps, on a affaire à une ‘simple promenade’), cette image de but s’évanouit, elle semble s’évaporer dans l’air surchauffé qui vous brûle par petites vagues courtes à mesure que vous avancez sous le soleil implacable et fixe, dans la complicité sournoise des herbes sèches, promptes à brûler.

      Au moment où une chaleur poisseuse commence à engluer vos neurones, il est trop tard. Il n’est plus temps de secouer d’une crinière impatiente les errements aveugles d’un esprit capturé, et lentement, très lentement, le dégoût aux multiples anneaux se love et affermit sa position, bien au centre du trône, le trône des dominations.

      MERCREDI. MAYENCE – VALLÉE DU RHIN – COBLENCE.

      Évidente duplicité de la solitude. Je vois ces vieux assis autour d’une table, il y en a au moins dix. Je pourrais m’amuser à les compter, mais je suis sûr qu’il y en a au moins dix. Et pfuui! Si je pouvais m’envoler au ciel, m’envoler au ciel tout de suite!

      Ils émettent parlant tous ensemble une cacophonie où l’on ne reconnaît que quelques syllabes mastiquées, comme arrachées à coups de dents. Mon Dieu! Qu’il est donc difficile de se réconcilier avec le monde! …

      J’ai compté. Il y en a douze. Comme les apôtres. Et le garçon de café serait-il censé représenter le Christ?

      Et si je m’achetais un tee-shirt ‘Jesus’?

      Je suis difficile à situer

      Dans ce café (certains soirs, bal);

      Ils discutent d’affaires locales,

      D’argent à perdre, de gens à tuer.

      Je vais prendre un café et la note;

      On n’est pas vraiment à Woodstock.

      Les clients du bar sont partis,

      Ils ont fini leurs Martinis,

      Hi hi!

      NICE

      La promenade des Anglais est envahie de Noirs américains

      Qui n’ont même pas la carrure de basketteurs;

      Ils croisent des Japonais partisans de la ‘voie du sabre’

      Et des joggeurs semi-californiens

      Tout cela vers quatre heures de l’après-midi,

      Dans la lumière qui décline.

      L’ART MODERNE

      Impression de paix dans la cour,

      Vidéos trafiquées de la guerre du Liban

      Et cinq mâles occidentaux

      Discutaient de sciences humaines.

      LE JARDIN AUX FOUGÈRES

      Nous avions traversé le jardin aux fougères,

      L’existence soudain nous apparut légère

      Sur la route déserte nous marchions au hasard

      Et, la grille franchie, le soleil devint rare.

      De silencieux serpents glissaient dans l’herbe épaisse,

      Ton regard trahissait une douce détresse

      Nous étions au milieu d’un chaos végétal,

      Les fleurs autour de nous exhibaient leurs pétales.

      Animaux sans patience, nous errons dans l’Eden,

      Hantés par la souffrance et conscients de nos peines,

      L’idée de la fusion persiste dans nos corps:

      Nous sommes, nous existons, nous voulons être encore,

      Nous n’avons rien à perdre. L’abjecte vie des plantes

      Nous ramène à la mort, sournoise, envahissante.

      Au milieu d’un jardin nos corps se décomposent,

      Nos corps décomposés se couvriront de roses.

      LA FILLE

      La fille aux cheveux noirs et aux lèvres très minces

      Que nous connaissons tous sans l’avoir rencontrée

      Ailleurs que dans nos rêves. D’un doigt sec elle pince

      Les boyaux palpitants de nos ventres crevés.

      VÉRONIQUE

      La maison était rose avec des volets bleus,

      Je voyais dans la nuit les traits de ton visage

      L’aurore s’approchait, j’étais un
    peu nerveux,

      La lune se perdait dans un lac de nuages

      Et tes mains dessinaient un espace invisible

      Où je pouvais bouger et déployer mon corps

      Et je marchais vers toi, proche et inaccessible,

      Comme un agonisant qui rampe vers la mort.

      Soudain tout a changé dans une explosion blanche,

      Le soleil s’est levé sur un nouveau royaume;

      Il faisait presque chaud et nous étions dimanche,

      Dans l’air ambiant montaient les harmonies d’un psaume.

      Je lisais une étrange affection dans tes yeux

      Et j’étais très heureux dans ma petite niche;

      C’était un rêve tendre et vraiment lumineux,

      Tu étais ma maîtresse et j’étais ton caniche.

      Un champ d’intensité constante

      Balaie les particules humaines

      La nuit s’installe, indifférente;

      La tristesse envahit la plaine.

      Où retrouver le jeu naïf?

      Où et comment? Que faut-il vivre?

      Et à quoi bon écrire des livres

      Dans le désert inattentif?

      Les serpents rampent sous le sable

      (Toujours en direction du Nord)

      Rien dans la vie n’est réparable,

      Rien ne subsiste après la mort.

      Chaque hiver a son exigence

      Et chaque nuit, sa rédemption

      Et chaque âge du monde, chaque âge a sa souffrance,

      S’inscrit dans la génération.

      Ainsi, générations souffrantes,

      Tassées comme des puces d’eau

      Essaient de compter pour zéro

      Les capteurs de la vie absente

      Et toutes échouent, sans trop de drame,

      La nuit va bien recouvrir tout

      Et l’épuisement monogame

      D’un corps enfoncé dans la boue.

      UN ÉTÉ À DEUIL-LA-BARRE

      Reptation des branchages entre les fleurs solides,

      Glissement des nuages et la saveur du vide:

      Le bruit du temps remplit nos corps et c’est dimanche,

      Nous sommes en plein accord, je mets ma veste blanche

      Avant de m’effondrer sur un banc de jardin

      Où je m’endors, je me retrouve deux heures plus loin.

      Une cloche tinte dans l’air serein

      Le ciel est chaud, on sert du vin,

      Le bruit du temps remplit la vie;

      C’est une fin d’après-midi.

      MAISON GRISE

      Le train s’acheminait dans le monde extérieur,

      Je me sentais très seul sur la banquette orange

      Il y avait des grillages, des maisons et des fleurs

      Et doucement le train écartait l’air étrange.

      Au milieu des maisons il y avait des herbages

      Et tout semblait normal à l’exception de moi

      Cela fait très longtemps que j’ai perdu la joie

      Je vis dans le silence, il glisse en larges plages.

      Le ciel est encore clair, déjà la terre est sombre,

      Une fissure en moi s’éveille et s’agrandit

      Et ce soir qui descend en Basse-Normandie

      A une odeur de fin, de bilan et de nombre.

      CRÉPUSCULE

      Des masses d’air soufflaient entre les bosquets d’yeuses,

      Une femme haletait comme en enfantement

      Et le sable giflait sa peau nue et crayeuse,

      Ses deux jambes s’ouvraient sur mon destin d’amant.

      La mer se retira au-delà des miracles

      Sur un sol noir et mou où s’ouvraient des possibles

      J’attendais le matin, le retour des oracles,

      Mes lèvres s’écartaient pour un cri invisible

      Et tu étais le seul horizon de ma nuit;

      Connaissant le matin, seuls dans nos chairs voisines,

      Nous avons traversé, sans souffrance et sans bruit,

      Les peaux superposées de la présence divine

      Avant de pénétrer dans une plaine droite

      Jonchée de corps sans vie, nus et rigidifiés;

      Nous marchions côte à côte sur une route étroite,

      Nous avions des moments d’amour injustifié.

      SOIR SANS BRUME

      Quand j’erre sans notion au milieu des immeubles

      Je vois se profiler de futurs sacrifices,

      J’aimerais adhérer à quelques artifices,

      Retrouver l’espérance en achetant des meubles

      Ou bien croire à l’Islam, sentir un Dieu très doux

      Qui guiderait mes pas, m’emmènerait en vacances,

      Je ne peux oublier ce parfum de partance

      Entre nos mots tranchés, nos vies qui se dénouent.

      Le processus du soir alimente les heures,

      Il n’y a plus personne pour recueillir nos plaintes;

      Entre les cigarettes successivement éteintes,

      Le processus d’oubli délimite le bonheur.

      Quelqu’un a dessiné le tissu des rideaux

      Et quelqu’un a pensé la couverture grise

      Dans les plis de laquelle mon corps s’immobilise;

      Je ne connaîtrai pas la douceur du tombeau.

      Quand la pluie tombait en rafales

      Sur notre petite maison

      Nous étions à l’abri du mal,

      Blottis auprès de la raison.

      La raison est un gros chien tendre

      Et c’est l’opposé de la perte

      Il n’y a plus rien à comprendre,

      L’obéissance nous est offerte.

      Donnez-moi la paix, le bonheur

      Libérez mon cœur de la haine

      Je ne peux plus vivre dans la peur,

      Donnez-moi la mesure humaine.

      L’aube grandit dans la douceur

      Le lait tiédit, petites flammes

      Vibrantes et bleues, petites sœurs

      Lait gonflé comme un sein de femme

      Et le bruit du percolateur

      Dans le silence de la ville;

      Vers le Sud, l’écho d’un moteur;

      Il est cinq heures, tout est tranquille.

      Il existe un pays, plutôt une frontière,

      Où la lumière est douce et pratiquement solide

      Les êtres humains échangent des fragments de lumière,

      Mais ils n’ont pas la moindre appréhension du vide.

      La parabole du désir

      Remplissait nos mains de silence

      Et chacun se sentait mourir,

      Nos corps vibraient de ton absence.

      Nous avons traversé des frontières de craie

      Et le second matin le soleil devint proche

      Il y avait dans le ciel quelque chose qui bougeait,

      Un battement très doux faisait vibrer les roches.

      Les gouttelettes de lumière

      Se posaient sur nos corps meurtris

      Comme la caresse infinie

      D’une divinité – matière.

      LES OPÉRATEURS CONTRACTANTS

      Vers la fin d’une nuit, au moment idéal

      Où s’élargit sans bruit le bleu du ciel central

      Je traverserai seul, comme à l’insu de tous,

      La familiarité inépuisable et douce

      Des aurores boréales

      Puis mes pas glisseront dans un chemin secret,

      À première vue banal

      Qui depuis des années serpente en fins dédales,

      Que je reconnaîtrai.

      Ce sera un matin apaisé et discret;

      Je marcherai longtemps, sans joie et sans regret,

      La lumière très douce des aubes hivernales

      Enveloppant mes pas d’un sourire amical;

      Ce sera un matin lumineux et secret.

      L’entourage se refuse au moindre commentaire;

      Monsieur est parti en voyage.

      Dans quelques jours sûrement il y aura la guerre;

      Vers l’Est le conflit se propage.


      LA LONGUE ROUTE DE CLIFDEN

      À l’Ouest de Clifden, promontoire,

      Là où le ciel se change en eau

      Là où l’eau se change en mémoire,

      Tout au bord d’un monde nouveau

      Le long des collines de Clifden,

      Des vertes collines de Clifden,

      Je viendrai déposer ma peine.

      Pour accepter la mort il faut

      Que la mort se change en lumière

      Que la lumière se change en eau

      Et que l’eau se change en mémoire.

      L’Ouest de l’humanité entière

      Se trouve sur la route de Clifden,

      Sur la longue route de Clifden

      Où l’homme vient déposer sa peine

      Entre les vagues et la lumière.

      Le maître enamouré en un défi fictif

      N’affirme ni ne nie en son centre invisible

      Il signifie, rendant tous les futurs possibles

      Il établit, permet un destin positif.

      Ressens dans tes organes la vie de la lumière!

      Respire avec prudence, avec délectation

      La voie médiane est là, complément de l’action,

      C’est le fantôme inscrit au cœur de la matière

      Et c’est l’intersection des multiples émotifs

      Dans un noyau de vide indicible et bleuté

      C’est l’hommage rendu à l’absolue clarté

      La racine de l’amour, le cœur aperceptif.

      PASSAGE

      I. Des nuages de pluie tournoient dans l’air mobile,

      Le monde est vert et gris; c’est le règne du vent.

      Et tout sens se dissout hormis le sens tactile …

      Le reflet des tilleuls frissonne sur l’étang.

      Pour rejoindre à pas lents une mort maritime,

      Nous avons traversé des déserts chauds et blancs

     


    Prev Next
Online Read Free Novel Copyright 2016 - 2026