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    The Idea of Perfection

    Page 5
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      Côte à côte, le long des chemins,

      Nous nous sommes tenus par les mains

      Sans dire … parmi les fleurs obscures ;

      Nous marchions comme des fiancés

      Seuls, dans la nuit verte des prairies ;

      Nous partagions ce fruit de féeries

      La lune amicale aux insensés

      Et puis, nous sommes morts sur la mousse,

      Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce

      De ce bois intime et murmurant ;

      Et là-haut, dans la lumière immense,

      Nous nous sommes trouvés en pleurant

      Ô mon cher compagnon de silence!

      THE FRIENDLY WOOD

      Our thoughts were of the purest things,

      Side by side, along the paths,

      We wandered hand in hand, without

      A word … by flowers lost in shadow;

      We walked apart, as if betrothed,

      Alone, through the green night of the fields;

      We shared this fruit of fantasy,

      The moon, dear comfort to the mad.

      And lying on the moss we died,

      Alone, and far, among the close

      Soft shadows of this murmuring wood;

      And then on high, in the vast light,

      We found each other bathed in tears,

      My friend in silence, my dear friend!

      LES VAINES DANSEUSES

      Celles qui sont des fleurs légères sont venues,

      Figurines d’or et beautés toutes menues

      Où s’irise une faible lune … Les voici

      Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

      De mauves et d’iris et de nocturnes roses

      Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.

      Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or!

      Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort

      Et de l’eau mince luit à peine, reposée

      Comme un pâle trésor d’une antique rosée

      D’où le silence en fleur monte … Encor les voici

      Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

      Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses ;

      Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses

      Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis

      Aiment à dénouer sous les myrtes amis

      Leurs liens fauves et leurs caresses … Mais certaines,

      Moins captives du rythme et des harpes lointaines,

      S’en vont d’un pas subtil au lac enseveli

      Boire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.

      THE VAIN DANCERS

      Here they are, the floating flowers have come,

      Those golden figurines and slender beauties

      Who catch the iridescence of the moon,

      Fleeing melodious to the moonlit woods.

      The graces of the night, wood-mallows, roses

      And irises, unfurl beneath their dance.

      What veiled perfumes their golden fingers strew!

      But the azure fades and falls in this dead grove,

      The barest trace of water gleams, at rest

      Like the pale vestige of an ancient dew

      Where silence blooms … And here they are again

      Fleeing melodious to the moonlit woods.

      Their hands are gracious to the brimming flowers;

      A bit of moonlight strikes their pious lips,

      Their arms, untamed and wonderful, unlace

      With sleepy gestures, under the dear myrtles,

      Their knots and their caresses … But a few,

      Less captive to the sway of distant harps,

      Slip softly away to find the sunken lake

      And drink the lily water of pure forgetting.

      UN FEU DISTINCT …

      Un feu distinct m’habite, et je vois froidement

      La violente vie illuminée entière …

      Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant

      Ses actes gracieux mélangés de lumière.

      Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,

      Après le premier temps de sommeil malheureux ;

      Quand le malheur lui-même est dans le noir épars

      Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

      Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille

      N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,

      Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

      Comme à la vide conque un murmure de mer,

      Le doute—sur le bord d’une extrême merveille,

      Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

      A CLEAR FLAME …

      A clear flame burns inside me, and reveals

      In cold relief the whole of violent life …

      Except in sleep, I can no longer love

      Its gracious movements interleaved with light.

      My days return at night with their regards,

      After the first few hours of troubled sleep;

      When in the dark my troubles are dispersed

      They come to live me and to give me eyes.

      So if they burst, the echo of their joy

      Washes me dead upon my body’s shore,

      A stranger’s laughter dangling at my ear

      Like murmurs of the sea in an old shell,

      Doubt—on the brink of greatest wonder, whether

      I am or was, am sleeping or awake?

      NARCISSE PARLE

      NARCISSÆ PLACANDIS MANIBUS.

      Ô frères! tristes lys, je languis de beauté

      Pour m’être désiré dans votre nudité,

      Et vers vous, Nymphe, Nymphe, ô Nymphe des fontaines,

      Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.

      Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir.

      La voix des sources change et me parle du soir ;

      J’entends l’herbe d’argent grandir dans l’ombre sainte,

      Et la lune perfide élève son miroir

      Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte.

      Et moi! De tout mon cœur dans ces roseaux jeté,

      Je languis, ô saphir, par ma triste beauté!

      Je ne sais plus aimer que l’eau magicienne

      Où j’oubliai le rire et la rose ancienne.

      Que je déplore ton éclat fatal et pur,

      Si mollement de moi fontaine environnée,

      Où puisèrent mes yeux dans un mortel azur

      Mon image de fleurs humides couronnée!

      Hélas! L’image est vaine et les pleurs éternels!

      À travers les bois bleus et les bras fraternels,

      Une tendre lueur d’heure ambiguë existe,

      Et d’un reste du jour me forme un fiancé

      Nu, sur la place pâle où m’attire l’eau triste …

      Délicieux démon, désirable et glacé!

      Voici dans l’eau ma chair de lune et de rosée,

      Ô forme obéissante à mes yeux opposée!

      Voici mes bras d’argent dont les gestes sont purs! …

      Mes lentes mains dans l’or adorable se lassent

      D’appeler ce captif que les feuilles enlacent,

      Et je crie aux échos les noms des dieux obscurs! …

      Adieu, reflet perdu sur l’onde calme et close,

      Narcisse … ce nom même est un tendre parfum

      Au cœur suave. Effeuille aux mânes du défunt

      Sur ce vide tombeau la funérale rose.

      Sois, ma lèvre, la rose effeuillant le baiser

      Qui fasse un spectre cher lentement s’apaiser,

      Car la nuit parle à demi-voix, proche et lointaine,

      Aux calices pleins d’ombre et de sommeils légers.

      Mais la lune s’amuse aux myrtes allongés.

      Je t’adore, sous ces myrtes, ô l’incertaine

      Chair pour la solitude éclose tristement

      Qui se mire dans le miroir au bois dormant.

      Je me délie en vain de ta présence douce,

      L’heure m
    enteuse est molle aux membres sur la mousse

      Et d’un sombre délice enfle le vent profond.

      Adieu, Narcisse … Meurs! Voici le crépuscule.

      Au soupir de mon cœur mon apparence ondule,

      La flûte, par l’azur enseveli module

      Des regrets de troupeaux sonores qui s’en vont.

      Mais sur le froid mortel où l’étoile s’allume,

      Avant qu’un lent tombeau ne se forme de brume,

      Tiens ce baiser qui brise un calme d’eau fatal!

      L’espoir seul peut suffire à rompre ce cristal.

      La ride me ravisse au souffle qui m’exile

      Et que mon souffle anime une flûte gracile

      Dont le joueur léger me serait indulgent! …

      Évanouissez-vous, divinité troublée!

      Et, toi, verse à la lune, humble flûte isolée,

      Une diversité de nos larmes d’argent.

      NARCISSUS SPEAKS

      NARCISSÆ PLACANDIS MANIBUS.

      I found my beauty in your nakedness,

      And languish there, my brothers, O sad lilies,

      And for you, Nymph, O Nymph of fountains, I bring

      My futile tears, an offering to the silence.

      A great calm listens to me, where I listen for hope.

      The water’s voice has changed, it speaks of evening;

      I hear the silver grass growing in the holy shade,

      And the faithless moon illumines with her glass

      Even the secrets of the silenced fountain.

      And I, with all my heart cast in these reeds,

      I languish, O sapphire, from my own sad beauty!

      Now I can only love the changeling water

      Where I forgot past roses and my laughter.

      How I deplore your pure and fatal glance,

      Fountain so softly compassed by myself

      Where in your deadly azure my eyes sought

      My own reflection wreathed with dripping flowers!

      Alas, the image is vain, the tears eternal!

      Across the blue-tinged woods, their friendly arms,

      Persists a glow of the ambiguous hour

      That forms me from the day’s remains a bridegroom,

      Naked upon the pale sad water calling …

      Exquisite demon, cold to my desire!

      Here in the water is my flesh of moon and dew,

      Obedient form opposed to my own eyes!

      Here are my silver arms, their movements pure …

      My slow hands tire of calling in the gold

      This prisoner of the twining leaves … I cry

      Out to the echoes the names of unknown gods …

      Farewell, reflection lost on the calm water,

      Narcissus … that very name, to the suave heart,

      Is musk. For the departed soul, scatter

      The mournful rose upon this empty grave.

      Become, my lip, the scattered rose whose kiss

      Little by little soothes a cherished shade,

      For near and far, the night, in whispers, speaks

      To flowers brimming with shadow and light sleep.

      But the moonlight plays about the resting myrtles.

      I love you, underneath these myrtles, O

      Uncertain flesh that blooms for solitude,

      Beheld in the mirror of these sleeping woods.

      I free myself in vain from your sweet presence;

      The lying hour beguiles me on the moss

      And swells with a dark pleasure the deep wind.

      Farewell, Narcissus … Die! Twilight has come.

      My likeness wavers at that heartfelt sigh,

      The flute in buried azure modulates

      The sonorous regrets of passing herds.

      Accept, before a tomb of haze obscures

      The icy darkness where the first star shines,

      This kiss that breaks the water’s fatal calm!

      Only hope can break this crystal. May ripples

      Whisk me away at the estranging breath,

      And may my breath infuse a lilting flute

      Whose deft musician will be kind to me …

      Vanish, vanish, stirred-up divinity!

      And to the moon, you lonely, simple flute,

      Pour out profusions of our silver tears.

      _____________

      Narcissæ placandis manibus: “To placate the shades of Narcissa,” from a tombstone in the Montpellier Botanical Garden reputed to be the grave of the daughter of the English poet Edward Young.

      ÉPISODE

      Un soir favorisé de colombes sublimes,

      La pucelle doucement se peigne au soleil.

      Aux nénuphars de l’onde elle donne un orteil

      Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes

      Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes.

      Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau

      Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,

      Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie

      Tire un futile vent d’ombre et de rêverie

      Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs.

      Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs,

      Ni se divinisant par aucune parole

      De rose, elle démêle une lourde auréole ;

      Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,

      Ses poings délicieux pressent la touffe d’or

      Dont la lumière coule entre ses doigts limpides!

      … Une feuille meurt sur ses épaules humides,

      Une goutte tombe de la flûte sur l’eau,

      Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau

      Ivre d’ombre …

      EPISODE

      One sunlit evening graced with blissful doves

      The maiden lingers, combing out her hair.

      She dips one toe among the water lilies,

      And from time to time, to warm her wandering hands,

      She basks their lucid roses in the late sun.

      If all at once her body quivers, flushed

      With innocence, it’s from a chattering reed

      Whose guilty piper, flashing gemstone teeth,

      Draws from his flute a wind of shade and dream,

      The secret kiss he dares beneath the flowers.

      But nearly indifferent to his crafty tears,

      And not transcending with some word of rose

      This world, she frees the halo of her hair;

      Drawing a twist of pleasure from her neck,

      She presses with lovely hands that tuft of gold

      Whose light spills out between her limpid fingers!

      … A falling leaf alights on her moist shoulders,

      A droplet falls from the flute and strikes the water,

      And her pure foot takes fright, a splendid bird

      Drunk on shadow …

      VUE

      Si la plage penche, si

      L’ombre sur l’œil s’use et pleure

      Si l’azur est larme, ainsi

      Au sel des dents pure affleure

      La vierge fumée ou l’air

      Que berce en soi puis expire

      Vers l’eau debout d’une mer

      Assoupie en son empire

      Celle qui sans les ouïr

      Si la lèvre au vent remue

      Se joue à évanouir

      Mille mots vains où se mue

      Sous l’humide éclair de dents

      Le très doux feu du dedans.

      VIEW

      If the beach lists, if

      The shadow wears and cries on the eye

      If the azure is tear, then

      The salt of the teeth is brushed by the pure

      Virgin smoke or the air

      She cradles and then breathes out

      To the waters standing on end

      Of a sea in its empire dozing softly

      She who without hearing

      When my lip stirs in the breeze

      Lightly makes vanish

      A thousand empty words where behind

    &nb
    sp; The moist flash of the teeth flickers

      The very soft flame within.

      VALVINS

      Si tu veux dénouer la forêt qui t’aère

      Heureuse, tu te fonds aux feuilles, si tu es

      Dans la fluide yole à jamais littéraire,

      Traînant quelques soleils ardemment situés

      Aux blancheurs de son flanc que la Seine caresse

      Émue, ou pressentant l’après-midi chanté,

      Selon que le grand bois trempe une longue tresse,

      Et mélange ta voile au meilleur de l’été.

      Mais toujours près de toi que le silence livre

      Aux cris multipliés de tout le brut azur,

      L’ombre de quelque page éparse d’aucun livre

      Tremble, reflet de voile vagabonde sur

      La poudreuse peau de la rivière verte

      Parmi le long regard de la Seine entr’ouverte.

      VALVINS

      If you let down the breezy woods like hair,

      You mingle with the leaves, if you are in

      The dancing, ever-literary skiff

      Which trails against the whiteness of its side

      That the Seine caresses fondly, ardent suns,

      Or feels the coming afternoon in song

      To which the forest dips a flowing braid

      And blends your swelling veil to Summer’s gifts.

      But always near you, whom the silence offers

      To all the raucous azure’s bristling cries,

      The shadow from some book of some loose page

      Flutters, reflection of a roving sail

      Against the greeny water’s dusty skin

      In the long gaze of the unfolding Seine.

      _____________

      Valvins: a small town upriver from Paris, where Mallarmé had a small country house. some book: Mallarmé’s “Grand Œuvre.”

      ÉTÉ

      À FRANCIS VIÉLÉ-GRIFFIN

      Été, roche d’air pur, et toi, ardente ruche,

      Ô mer! Éparpillée en mille mouches sur

      Les touffes d’une chair fraîche comme une cruche,

      Et jusque dans la bouche où bourdonne l’azur ;

      Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace

      Tranquille, où l’arbre fume et perd quelques oiseaux,

      Où crève infiniment la rumeur de la masse

      De la mer, de la marche et des troupes des eaux,

      Tonnes d’odeurs, grands ronds par les races heureuses

     


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